Les morales démasquées du “Tartuffe”

Natasha Bergeron

 

La pièce de théâtre en cinq actes et en vers, Le Tartuffe qui est aussi connue sous le nom de L’Imposteur, écrite par Molière, a longtemps été critiquée par l’Église pour ses références récurrentes à ce sujet. Cette pièce a même été interdite de 1663 jusqu’à ce qu’elle soit présentée pour la première fois dans le théâtre du Palais-Royal le 5 février 1669 (Wikipédia). Il est évident que, Le Tartuffe de Molière est non seulement une satire de la religion mais c’est aussi une satire des mœurs. En effet, elle aborde les thèmes suivants : les vrais et les faux dévots, les pêchés, le mariage de raison et le mariage d’amour, le rôle des femmes ainsi que les classes sociales. Cependant, cette pièce de théâtre est-elle aussi une comédie qui a pour but de provoquer le rire chez les spectateurs? Cette présente composition démontre que Le Tartuffe est non seulement une satire, mais aussi une comédie.

Tout d’abord, Le Tartuffe est une satire où Molière critique la fausse religion. Pour ce faire, ses personnages et leurs actions démontrent clairement les vices ou défauts que Molière remarque au courant de sa vie. En premier lieu, l’hypocrisie est le thème le plus évident dans la pièce, surtout l’hypocrisie dans la religion, ce qui peut être très dangereux. Ainsi, le personnage principal, Tartuffe, est un faux dévot qui manipule la religion pour avoir tout ce qu’il veut. C’est exactement le but de Molière; il rit de ces religieux hypocrites qui la manipulent pour réaliser tous leurs désirs. Dans ce contexte, le personnage de Tartuffe utilise l’exagération ainsi que le lexique religieux pour convaincre ses victimes avec sa comédie hypocrite. Par exemple, à l’acte III, au début de la scène 2, Tartuffe aperçoit Dorine et ordonne à son serviteur de ranger ses objets de pénitence et de prier : « Laurent, serrez ma haire avec ma disciple, et priez que toujours le Ciel vous illumine. Si l’on vient pour me voir, je vais aux prisonniers. Des aumônes que j’ai partager les deniers» (Molière, 93). Ici, Tartuffe joue la comédie de la fausse religion en apercevant Dorine qui se rend compte, dès le début de la pièce, de sa fausse dévotion. De plus, Molière aborde le thème du péché dans la religion. Si bien que, Tartuffe, l’imposteur pèche à plusieurs reprises. Il ment, il escroque Orgon, sa fortune et sa propriété. Il est un libertin manipulateur et avare.

Toutefois, le péché qui fait vraiment avancer l’action dans la pièce est la séduction d’Elmire, la femme de son hôte. Il essaie de la séduire une première fois, puis, une deuxième fois quand Elmire le provoque pour dessiller les yeux d’Orgon. Tartuffe va même jusqu’à dire : « Et ce n’est pas pécher que pécher en silence » (Molière, 130). Il va sans dire que Tartuffe est habitué de pécher; il croit que s’il le fait en secret, ce n’est pas pécher. Encore une fois, Molière critique l’hypocrisie à travers les péchés. En dépit de cela, Molière met en évidence le thème du pardon en faisant parler le sage Cléante qui conseille constamment son beau-frère Orgon. Vers la fin de la pièce, une fois Tartuffe arrêté, Cléante, le vrai dévot explique à Orgon qu’il doit lui pardonner : « Souhaitez bien plutôt que son [Tartuffe] cœur en ce jour au sein de la vertu fasse un heureux retour, qu’il corrige sa vie en détestant son vice » (Molière, 159). Autrement dit, Cléante lui suggère, d’une part, de souhaiter du bien pour Tartuffe afin qu’il ait une bonne vie et d’autre part de lui pardonner tout comme le Prince lui a pardonné. En effet, Cléante représente la « vraie » religion, il est sans doute la voix de la raison et de la sagesse. Il est clair que Molière ne critique pas la religion elle-même, mais certaines personnes et la manière dont elles la pratiquent.

Ensuite, Le Tartuffe satirise aussi la mœurs du mariage parce que c’est un thème récurrent qui cause un obstacle à plusieurs personnages. En fait, Molière aborde le mariage de raison ainsi que le mariage d’amour pour les comparer au vice qui est le mariage arrangé. Dans cette pièce de théâtre, Molière nous montre que le père a l’autorité absolue en ce qui concerne le mariage de sa fille. D’ailleurs, même s’il lui avait déjà promis la main d’un autre, la mariée doit être soumise et accepter sa décision sans s’opposer. De plus, puisque le mariage occupe une grande place dans la pièce, son importance est évidente. Orgon impose Tartuffe à Mariane avec beaucoup d’autorité : « Oui, je prétends, ma fille, unir par votre hymen Tartuffe à ma famille. Il sera votre époux, j’ai résolu cela ; et comme sur vos vœux je…» (Molière, 64). Cet extrait témoigne certainement la réalité de beaucoup de mariages à l’époque de Molière. Logiquement parlant, cette situation fait avancer l’action tout en illustrant le rôle des femmes. Il semble qu’au XVIIe siècle, les femmes sont soumises, réservées, calmes et posées. Bref, elles sont semblables à Mariane. Mais, dans l’Imposteur, les deux seules protagonistes qui peuvent faire progresser l’action sont des femmes; Dorine et Elmire. Sans elles, la pièce ne serait probablement pas une comédie satirique mais plutôt une tragédie. En effet, Dorine et Elmire foncent avec conviction pour trouver des solutions; elles sont très audacieuses, contrairement à Mariane. Par exemple, Molière critique les mœurs associées aux femmes. Il laisse la servante Dorine contester son maître Orgon au sujet du mariage entre Tartuffe et Mariane : « Quoi? Se peut-il, Monsieur, qu’avec l’air d’homme sage et cette large barbe au milieu du visage, vous soyez assez fou pour vouloir… ? » (Molière, 65) Autrement dit, le pouvoir féminin dans le cadre familial est presque inexistant et il est entrecroisé avec les classes sociales.

Molière choisit une famille bourgeoise et loyale à la royauté pour fournir un cadre social à sa pièce de théâtre. De ce fait, les différentes classes sociales sont mentionnées, ce qui rend la pièce plus intéressante. À cet égard, Molière satirise les classes sociales en choisissant un personnage principal pauvre, qui escroque une famille bourgeoise. De plus, au tout début de la pièce, Madame Pernelle critique toute sa famille et décrit Elmire en disant : « Vous êtes dépensière; et cet état me blesse, que vous alliez vêtue ainsi qu’une princesse » (Molière, 39). Il va sans dire qu’ils font partie de la noblesse. Le thème des inégalités sociales ne cesse d’apparaître tout au long de la pièce et Molière le satirise d’une façon à la fois comique et dramatique.

En plus d’être une satire, Le Tartuffe est aussi une comédie. Molière emploie le comique des gestes à plusieurs reprises. Par exemple, à l’acte II, scène 2, une fois que Dorine finit de défendre Mariane, Orgon veut lui donner un soufflet, mais il la manque (Molière, 71). La pièce est aussi parsemée de comique du langage. À titre d’exemple, à l’acte V, scène 3, quand Orgon explique à sa mère qu’il s’est fait avoir avec Tartuffe, Dorine réplique « Le pauvre homme! » (Molière, 142). Il s’agit certainement d’une allusion à la scène 4 de l’acte I; c’est tout ce qu’Orgon dit en écoutant Dorine lui parler d’Elmire et de Tartuffe. Par ailleurs, à l’acte V, scène 3, il y a aussi le comique de la situation parce que Madame Pernelle refait exactement la même scène d’aveuglement qu’Orgon dans le premier acte. De plus, Molière emploie le comique des caractères en permettant à Elmire de devenir plus autoritaire que son époux dans l’acte IV, scène 4 : « Au moins, je vais toucher une étrange matière : ne vous scandalisez en aucune manière. Quoi que je puisse dire, il doit m’être permis, et c’est pour vous convaincre, ainsi que j’ai promis » (Molière, 124). En outre, Elmire réussit à convaincre Orgon de se cacher sous la table et de la laisser dire n’importe quoi; elle devient du coup autoritaire. Enfin, toute comédie doit se terminer positivement, en ayant un dénouement heureux. Dans le cas présent, l’antagoniste, Tartuffe, est arrêté pour ses crimes, Orgon est pardonné par le prince et, évidemment, Mariane réussi à épouser Valère : « Par un doux hymen couronner en Valère la flamme d’un amant généreux et sincère » (Molière, 159). Logiquement parlant, Mariane a droit à un mariage d’amour.

En conclusion, la pièce de théâtre Le Tartuffe de Molière, est une comédie avec des éléments comiques et des leçons morales soi-disant « démasquées », portant sur la religion, l’hypocrisie, les péchés ainsi que sur les mœurs telles que le mariage, le rôle des femmes et les classes sociales. Il ne reste plus qu’à savoir si toutes les comédies écrites par Molière sont toutes satiriques.

 

Référence

Molière. Le Tartuffe, Larousse, 2006.

“Le Tartuffe ou l’Imposteur.” Wikipédia. Dernière modification: le 4 février 2017. Internet. Le 6 février. https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tartuffe_ou_l’Imposteur

 

Natasha Bergeron completed two years of her Bachelor of Arts at Grande Prairie Regional College and is now completing her major in psychology at the Campus Saint-Jean with the goal of becoming a Bilingual Speech Pathologist. She is a Franco-Albertan that is very involved in the Francophone community and who wants to make a difference in the world by educating people through speech and writing in both French and English.

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